LOGEMENT. -- Au motif que les logements sociaux sont en nombre insuffisant, le PS demande au maire de retirer un permis accordé au groupe Bouygues
Le PS « porte le fer »
Marie-Claude Aristégui, Sud Ouest du 20/04/2006, pages Bordeaux
Les élus PS municipaux ont, le 7 avril, adressé au maire de Bordeaux, Hugues Martin, un recours gracieux pour lui demander de retirer un permis de construire accordé à Bouygues. Un permis pour la construction de 112 logements, cours du maréchal Juin (à l'emplacement du magasin de meubles dit îlot Fly) dans le cadre d'un projet baptisé « square Pey-Berland ». Le lancement des travaux est prévu en septembre. Faute de réponse positive dans un délai de deux mois, ils envisagent de saisir le préfet puis, éventuellement, le tribunal administratif.
Lors d'une conférence de presse, Jacques Respaud, président du groupe des élus municipaux PS, a justifié cette démarche en expliquant que la ville de Bordeaux restait toujours en deçà du quota des 20 % de logements à caractère social imposé par la loi SRU. « Nous n'avons rien contre Bouygues mais voilà un nouveau programme en centre-ville sans logement conventionné. Cela suffit. Nous avons décidé de porter le fer ». Et d'ajouter : « Entre 2001 et 2004, à Bordeaux, 282 logements sociaux ont été construits par an alors que l'objectif était de 392 ». Le PS veut attaquer tous les projets sans logements sociaux. Il commence avec ce programme.
Bouygues dément.
Le hic, c'est que cet ensemble immobilier va certainement englober des appartement en prêt locatif social (PLS), soit du logement social assez haut de gamme (1). Certes, cela ne figure pas sur les documents dont dispose Jacques Respaud. Mais, Michel Duchène, adjoint au maire chargé de l'urbanisme affirme que des logements sociaux sont prévus. Et, Emmanuel Desmaizières, directeur de Bouygues Immobilier Aquitaine, confirme qu'à la demande de la mairie, sa société étudie la possibilité de revendre une vingtaine d'appartements à la Foncière du logement : « Nous sommes en train d'en discuter, ce n'est pas encore décidé. Mais si cela ne se fait pas ainsi, nous pourrons les réaliser nous-mêmes et les revendre en PLS ».
Le PS a également envoyé à la direction de Bouygues le recours adressé au maire. Emmanuel Desmaizières précise que c'est le maire qui répondra mais, à son avis, ce recours a peu de chance d'aboutir car, « la loi SRU s'applique globalement, pas opération par opération ». Il précise en outre que Bouygues réalise souvent des logements sociaux : « On vient d'en faire 45 aux Chartrons ».
LE PS et le PLU.
Lundi, au Conseil municipal, dans le cadre du débat sur les propositions de la commune de Bordeaux pour le plan local urbain (PLU), les conseillers municipaux socialistes ont l'intention de déposer un amendement pour que 25 à 30 % de logements à loyers modérés soient inscrits dans tous les programmes. Voilà qui fait bondir Michel Duchène : « Je veux bien que M. Respaud fasse un coup médiatique mais juridiquement cela ne tient pas. On ne peut pas inscrire dans le PLU une obligation pour les porteurs de projets privés. Il est impossible de les contraindre à construire des logements sociaux. Sauf quand il s'agit de terrains publics vendus aux enchères à des privés. Là, on leur impose 25 %. Mais quand ce sont des terrains privés, on ne peut que négocier et cela passe par la concertation. Et, comme le maire s'y était engagé, c'est ce que nous faisons car nous sommes favorables à la réalisation de logements sociaux. M. Respaud devrait se souvenir que pendant la période du gouvernement Jospin, il se construisait encore bien moins de logements sociaux ».
(1) A titre d'exemple, pour un couple sans enfants, le plafond de ressources pour bénéficier d'un PLS et de 27 000 euros par an (hors Paris)
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